Companie Zarina Khan Official Website

Programme d’Éducation à la Citoyenneté

Socrate, le retour

1. La Culture, âme de la Prévention

Le constat de toutes nos années de travail se résume ainsi : La culture est le lien social. Le concept de ce programme est né de cette réflexion et de la volonté de Zarina Khan de créer des espaces où chaque citoyen puisse devenir acteur de la vie culturelle et sociale.

Ceux qui pousseront la porte modifieront ainsi la perception de leur rôle dans la vie de la cité.

Participer, n’est-ce pas cela l’important ?

La méthode est celle mise au point par Zarina Khan dans ses Ateliers d’Écriture et de Pratique Théâtrale ©. De l’écriture naît le sens. La parole qui la porte est mise en scène et diffusée avec des moyens professionnels dans des espaces culturels publics.

Extrait de "La Prévention ou la Recherche du Sens" de Zarina Khan :

Sans doute faut-il revenir vers le sens du mot "Prévention".

Si elle est perpétuellement liée dans son financement à la régulation des désordres et à la normalisation, on peut expliquer aisément l’augmentation de la délinquance des plus jeunes si ce n’est des "petits". En effet, attachée aux individus déjà estampillés "en difficulté", elle est sortie de son cadre pour s’affirmer dans la "réparation", la "restauration" et au mieux la "reconstruction" de ceux qui ont dérogé à la norme. Prévenir n’est pas négocier

Prévenir n’est pas répondre à la demande.

Prévenir n’est pas calmer...

Denis Colinet de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, en France, déclarait : « le niveau zéro de la Prévention, c’est dire, exprimer, mettre des mots sur les comportements ou les absences de comportements. Après seulement, on peut passer au "faire ensemble" et construire. »

Dans son sens premier, prévenir est "devancer le désir de l’autre". Quelles sont les actions qui projettent sur le monde de ces jeunes un kaléidoscope de désirs qu’ils n’ont même encore jamais imaginé ?

Faire grandir des citoyens en herbe. Le projet démocratique de notre société n’était-il pas, à chaque étape de la vie de l’enfant, de lui offrir l’apprentissage des outils d’intervention qui permettraient à l’adulte qu’il allait devenir de faire le choix des modifications à apporter ?

Si ces outils, dont les premiers sont l’écriture, la lecture, la compréhension et l’analyse d’un texte, d’une situation, sont coupés de leurs objectifs, ils perdent tout intérêt pour celui qui apprend. Ils sont coupés de leur finalité de création. Ils n’ont plus de sens.

La culture m’a paru être la grande absente des interrogations et propositions des structures de prévention. Or l’élaboration d’une culture commune est le seul espace de rapprochement possible des humains.

Le mot "ensemble" est vide de sens s’il ne se fonde pas sur l’expression, dans des espaces communs, des interrogations fondamentales des humains. Les formes de ces interrogations sont multiples et passent nécessairement par la créativité de chacun, des adultes comme des jeunes.

Prévenir, c’est venir "en avance" vers l’autre, deviner à partir du potentiel que l’on discerne en lui, le désir qu’il n’a pas encore formulé, déplier l’éventail des possibles et l’accompagner sur le chemin choisi, juste le temps que ses pas soient plus assurés, et qu’il trouve son rythme de marcheur.

2. Le Programme "Socrate, le Retour"

Comme tous les programmes que la Compagnie Zarina Khan développe depuis 1984, il repose sur la Culture comme élément majeur du développement du lien social et de la Citoyenneté.

Le dialogue interculturel est au cœur, la diversité culturelle valorisée.

La figure de Socrate dont l’œuvre théâtrale retrace le procès, et le retour de Socrate aujourd’hui dans ce monde troublé par les intégrismes, sont les clefs d’éveil d’une citoyenneté à vivre au quotidien.

L’expérimentation que nous avons menée au plan national, en Bretagne (44 et 56) en 2007-2008, le choix qui a été fait de ce programme pour un quartier en zone de rénovation urbaine en 2008 à Sens, dans l’Yonne (89) a validé les objectifs du programme :

  • Le dialogue interculturel et la valorisation de la diversité culturelle ;
  • Le lien social et la lutte contre les discriminations ;
  • La création d’un espace intergénérationnel ;
  • Le dialogue familial renouvelé ;
  • La parole vraie, fondement d’une complicité démocratique ;
  • La prévention de la violence et des conduites à risques, la résolution des conflits ;
  • L’égalité des chances Femmes - hommes, l’émancipation et la place des jeunes filles ;
  • La formation, l’échange de savoirs et de pratiques et "la modification socratique" dans la transversalité des champs de la cité ;
  • L’intercommunalité vivifiée, l’identité des territoires valorisée.

2.1. Le concept socratique du projet théâtral

Le chœur de la Cité est différent dans chaque ville où la pièce est jouée. Le Chœur est composé de jeunes mobilisés dans les classes de Collèges et de Lycées, par les associations locales, les Centres sociaux, le service jeunesse de la ville. Le nombre des jeunes va de 14 à beaucoup plus (Nous avons intégré 105 acteurs en décembre 2007 en Bretagne, 84 à Sens en février 2008, 170 acteurs en février 2009 au Théâtre de Vals les Bains en Ardèche). Des adultes en quête de développement personnel, en réinsertion ou de troupes amateurs, des retraités sont mobilisés aussi, afin de donner une réelle représentation de la vie de la cité.

Une rencontre puis 5 ateliers de 2h permettent cette intégration. Il n’y a pas de sélection mais un appel auquel les jeunes et les adultes répondent. C’est un apprentissage de la participation à la vie de la cité.

L’acte 4, la parole de la Cité, est conçu par le public qui est amené dans un processus socratique à participer.

Le programme se met en place à partir de rencontres avec des partenaires qui sont mobilisés dans les régions, tout en sachant qu’à partir d’un seul partenaire, le programme fait son chemin en élargissant les publics intéressés au fur et à mesure. Par exemple, il suffit qu’une classe d’une école s’inscrive dans la démarche pour qu’ensuite, l’information aux parents permette de mobiliser des personnes de tous horizons.

Les partenaires sont mobilisés dans :

  • les écoles primaires, Collèges, Lycées, Universités, Lycées Professionnels, Techniques, agricoles, etc. ;
  • les centres sociaux, d’insertion, services jeunesse, centres de loisirs, groupements de femmes en alphabétisation, maisons de retraite, etc. ;
  • les ateliers théâtre ou écoles d’art ;
  • des bibliothèques, médiathèques ;
  • des espaces culturels pour la résidence et les représentations ;
  • La vie associative en général (des associations peuvent être partie prenante de la démarche, avec des activités diverses, centres sportifs, de danse, de musique, chorales,mais aussi ateliers de couture, d’art plastique... de cuisine, pour les repas de groupes...).

2.2. L’œuvre "Socrate, le Retour"

La Compagnie Zarina Khan a abouti en  2007 l’expérimentation de la création "Socrate, le retour", et continue à rendre cet hommage à Socrate qui guide depuis longtemps son travail.

Socrate, le retour
Œuvre théâtrale en 4 actes
Texte et mise en scène : Zarina Khan
Scénographie et Vidéo : Julien le Tyrant
Musique : Kyril Rubinstein
Conception sonore : JT Brako
Avec Socrate : Zarina Khan et Sophie Perse
Lycon : Julien le Tyrant
Et les acteurs du Choeur de la Cité
Le texte est publié aux Editions Volk,
disponible à la Compagnie Zarina Khan.

3. Dans la continuité de Socrate :
l’œuvre collective

La deuxième phase de création est un travail de mémoire, une pièce créée par les habitants.

Ce programme s’inscrit en effet dans une démarche plus générale dont l’objectif est de donner la parole à la population (jeunes et moins jeunes) à travers deux phases d’actions :

Socrate appelle ici tous ceux qui entrent dans ce processus "maïeutique" à prendre place dans la Cité, lors des ateliers et des représentations de Socrate, puis à entrer en création avec leurs propres mots et leurs préoccupations et passer de l’impuissance qui désespère, à l’action, à la prise de parole et faire des rêves une réalité.

Après ces premières haltes, nous pouvons déjà dire que "Socrate, le retour" est un "sas" d’éveil, de restauration de la confiance, une traversée qui renforce et relie afin que chacun puisse ensuite accéder à sa propre création.

Bien plus qu’une une œuvre théâtrale, c’est un pari citoyen.

Socrate ouvre sur "Le dictionnaire de la vie" qui naît en ateliers d’écriture, mémoire du patrimoine, des sentiments enfouis, des rêves et des souhaits d’une jeunesse en quête d’elle-même.

4. Évaluation de Bruno Loth 
Directeur du Contrat de Cohésion Sociale de Sens

Après "Socrate, le Retour" et "le Dictionnaire de la Vie" - Sens (89), Mars 2008

L’intervention de la Compagnie Zarina Khan sur Sens a ouvert un nouvel espace d’actions entre artistes, habitants et acteurs socio-éducatifs. Mais il crée aussi des besoins nouveaux liés à un partage des rôles de chacun, ainsi qu’aux transformations que l’action génère sur le territoire :

  • mutation du statut des habitants de consommateur culturel (ce qui en soi constitue déjà une nouveauté) en acteur culturel,
  • évolution des pratiques des acteurs socio-éducatifs par l’arrivée d’un acteur intermédiaire, l’artiste,
  • modification en profondeur du rapport entre habitant ("bénéficiaires") et acteur socio-éducatif, le rapport de "production" étant ici inversé.

Nous avons une obligation de "suite" à donner, une responsabilité à l’égard des habitants, tant le rôle de médiateur de l’artiste a constitué la clé de voûte de la réussite de la démarche jusqu’à présent.

C’est la raison pour laquelle il semble indispensable de réfléchir à un projet concomitant :

  • d’une intervention dans la durée de la Compagnie directement auprès des habitants afin de maintenir une dynamique positive qui a été identifiée en temps réel par les habitants,
  • de consolidation des compétences des acteurs locaux dans une logique d’autonomisation de ceux-ci.

La nouveauté de ce projet est l’intervention ponctuelle d’une compagnie professionnelle. Dans la vie du quartier, nous vivons concrètement un avant et un après "Socrate". Le public s’est fortement investi sur ce projet par la fréquentation des ateliers et des spectacles, sans hésiter à s’investir pour un grand nombre, 15 jours durant, après-midi et soirées, sans relâche.

Les parents se sont emparés de la parole pour dire, participer, réagir, ce qui est une première et la preuve certaine d’un relais fort des participants dans les familles.

Cette action qui avait un caractère ponctuel, par sa nature même, s’inscrit dans la durée.

Nous avons à présent une grande responsabilité de suite, de continuité. Nous avons été face à une véritable action culturelle, pure et dure. Nous n’avons jamais osé aller vers cette exigence de qualité. Cette exigence de qualité modifie l’investissement de la population et répond concrètement aux objectifs de départ : reprendre sa place et la parole dans sa cité !

À nous à présent de poursuivre, ensemble, de répondre à la demande qui a été créée.

5. "Socrate, le retour" en France :
Quartiers en rénovation urbaine, zones rurales, agglomérations urbaines...

En 2007

Le programme a été initié à la Chapelle sur Erdre (44) à l’Espace culturel Capellia, avec le Collège Grand Beau Regard et le service Jeunesse de la ville. 17 élèves et 4 adultes ont été intégrés au Chœur de la Cité.

Dans la suite du programme, une autre classe du Collège de 4ème a créé en atelier d’écriture son "Dictionnaire de la Vie de la Chapelle sur Erdre".

Deux élus du Morbihan ayant assisté à la représentation de "Socrate, le retour", le 2 février 2007 à l’espace Culturel Capellia, ont souhaité s’inscrire dans ce processus avec la Communauté de Communes du pays de la Roche Bernard et les 4 communes rurales du Morbihan, Saint Dolay, la Roche Bernard, Nivillac et Marzan (56130) sont entrées dans le processus.

105 acteurs ont été intégrés dans le Chœur de la Cité, 83 enfants d’une école publique, d’une école catholique et d’un Collège, et 22 adultes, élus, agriculteurs, retraités, enseignants.

Les 30 novembre et 1er décembre 2007, au Forum de Nivillac, 2 représentations ont été données pour plus de 1000 spectateurs.

À son tour, dans la suite du programme, le Collège qui regroupe des enfants des 4 communes, a continué les ateliers et travaillé à la création de son "Dictionnaire de la Vie" représenté en juin 2008 dans le même espace théâtral.

En 2008

En février 2008, Socrate est arrivé à Sens (89).dans un quartier en rénovation urbaine, le quartier des Champs Plaisants.

Dans le cadre du Contrat Urbain de Cohésion Sociale, la MJC de Sens a sollicité le programme en vue de prévenir et apaiser les tensions, et de rassembler les jeunes et moins jeunes dans une œuvre où tous ont "créé ensemble". "Socrate, le retour" a intégré 74 acteurs et a été représenté sous chapiteau le samedi 9 février 2008 à 20h30, dimanche 10 février à 15h. Une semaine après, samedi 16 février à 20h30, dans le même espace est né "le Dictionnaire de la Vie des Champs plaisants".

En septembre 2008, Socrate a rassemblé à l’espace de Retz à Machecoul (44 270), 105 enfants de l’école Jacques Yves Cousteau et des classes du Collège Raymond Queneau, de Machecoul (44270).

En 2009

Représentations les samedi 10 à 20h30 et dimanche 11 janvier 2009 à 17h au Théâtre de l’Arc à REZE (44400).

Les samedi 28 février à 20h 45 et dimanche 1er mars 2009 à 17h au Théâtre de Vals-les-Bains 07200 en Ardèche.

En 2010

Le vendredi 12 février à 20h30 à La salle du Temps Libre à Allaire, avec une centaine de participants du collège Saint-Hilaire et de l’école sainte-Anne

Le samedi 22 mai à 20h30 et le dimanche 23 mai à 15h à l’Asphodèle à Questembert, avec une cinquantaine de participants du collège René-Guy Cadou à Malansac.

Partenaires de l’expérimentation du Programme

  • l’ACSE : Agence de Cohésion Sociale et de l’Égalité des chances au plan national ;
  • à la Chapelle sur Erdre(44) : La municipalité, L’Espace Culturel Capellia, Le Service Jeunesse, Le Collège Grand Beau Regard
  • Sur la Communauté de Communes du Pays de la Roche Bernard (56) : Les Mairies de Saint-Dolay, Marzan, Nivillac, et La Roche Bernard, le Collège Saint-Joseph à la Roche Bernard, l’école publique du Pigeon Vert à Marzan, l’école Notre Dame de Jeanne d’Arc à Saint-Dolay, les médiathèques de Saint-Dolay et Nivillac, le Forum de Nivillac, le programme Leader+ de Vannes ;
  • À Sens (89) : la Maison des Jeunes et de la Culture, le Contrat Urbain de Cohésion Sociale, la Mission Locale, la Bibliothèque Municipale, le Collectif petite enfance, le Greta Yonne Nord DOP, le Relais des Bénévoles, les Éducateurs de rue, la ZEP, l’ OPAC,  le réseau d’échanges réciproques de savoir du sénonais, la Maison de l’habitat, la compagnie  du TMS, REAAP ;
  • À Machecoul (44) : l’Espace Culturel de Retz, la Municipalité, le Collège Raymond Queneau, l’école Jacques Yves Cousteau ;
  • À Rezé (44) : la Municipalité, le Théâtre de l’Arc de Rezé, le Collège Pont Rousseau, l’école Ragon ;
  • À Vals-les-bains (07) : la Municipalité, le Théâtre Municipal, le Lycée Jules Froment d’Aubenas, le Collège René Gouy, l’école publique de Vals-les-Bains, l’école publique de Saint-Sernin, l’école Saint-Martin de Vals-les-Bains.

6. Extraits de presse

Magnifique spectacle créé à Capellia à la Chapelle sur Erdre.
Ouest France, 8 février 2007

Le spectacle refait le procès de Socrate à la lumière des interrogations du monde contemporain.
La condamnation est sans appel. Hiroshima, Bagdad, Beyrouth, ou Sarajevo,
à travers le philosophe, c’est l’humanité qu’on assassine...

Empreint d’une immense et émouvante poésie, "Socrate le retour" s’avère d’une criante vérité.
Le public gardera la mémoire d’une intense émotion et les collégiens, Chœur de la Cité et acteurs d’un jour, le souvenir d’une expérience inoubliable.
Zarina Khan ou la parole comme arme de paix
Ouest France, 29 janvier 2007

Zarina Khan n’est pas seulement auteur, actrice, metteur en scène.
C’est une femme engagée qui prend l’art comme écrin de la conscience.

Elle n’hésite pas à installer ses ateliers d’écriture et de théâtre à Sarajevo assiégée,
à Beyrouth en guerre, ou dans les cités "chaudes" de la Seine-Saint-Denis.
Partout où le verbe peut ouvrir des espaces de résolution et réconciliation.
Son action lui vaudra d’être nominée au Prix Nobel de la paix en 2005.

À travers la pratique théâtrale, la Compagnie Zarina Khan
prévient de la violence, cultive la paix et éduque à la citoyenneté.